Balade à travers Malley – Visions pour le futur

by mercredi, 19 décembre 2018 / Catégorie :Balades

Cette balade à travers Malley avait pour objectif de présenter le quartier à travers le regard de deux associations impliquées dans les débats sur le futur quartier de Malley : Avenir Malley et Malley Demain.

Les deux associations se sont constituées en vue de la votation populaire du 27 novembre 2016 dans la commune de Prilly relatif au quartier Malley-Gare et à ses tours. La première est une association apolitique regroupant une centaine d’habitants des communes concernées (Renens, Prilly, Lausanne), défavorable au projet initié et soutenue par les communes de Prilly et Renens. La seconde est une association qui regroupe des délégué.e.s politiques tous partis confondus qui soutenait le projet.

Un travail d’accompagnement et de rapprochement

Quand l’équipe des JAU 2017 a pris contact avec Avenir Malley et Malley Demain, toutes deux ont exprimé le souhait de proposer une balade dans le quartier pour évoquer les changements à venir. Consciente des tensions entre les 2 associations, notamment autour de la votation du 27 novembre 2016 autour du projet de tours sur Malley Gare, l’équipe des JAU a néanmoins souhaité tenter une action de rapprochement, en invitant les 2 associations à se réunir pour co-construire ensemble cette balade, et ainsi à reprendre le dialogue qui avait été rompu.

Les deux associations ont accepté l’invitation, à condition, comme proposé, que la démarche soit accompagnée. Les débats avaient été houleux en automne, et personne ne souhaitait revivre inutilement les échanges agressifs qui avaient eu lieu. L’intervention d’une médiation extérieure était ainsi la bienvenue pour favoriser un dialogue constructif et respectueux.

Pour ce faire les JAU ont invité Jérémie Schaeli, facilitateur de groupe, à accompagner la mise en place et l’organisation commune de la balade. Une séance quelques semaines en amont des JAU a rassemblé autour du facilitateur un membre d’Avenir Malley (M. Jean-Claude Péclet), deux membres de Malley Demain (Mmes Sylvie Krattinger et Rebecca Joly) et une représentante des JAU (Florence Ineichen). Il était question de définir le parcours, les différents arrêts et les thématiques qui y seraient discutées, mais également la répartition des prises de parole et la désignation d’un.e « arbitre » et gardien.ne du temps neutre pendant la balade. Jérémie Schaeli ne pouvant être présent, c’est Florence Ineichen, coordinatrice des JAU qui remplira cette fonction. Cette séance a également été l’occasion de reprendre contact, d’échanger plus calmement sur les événements passés et de définir les objectifs et envies de chacun.e pour la balade. La participation et le déroulement de cette première séance était déjà en elle-même une première réussite.

Le point de vue de Jérémie Schaeli, facilitateur (interview)

JAU : Jérémie tu as aidé à la préparation de la balade, en accompagnant les deux associations lors d’un atelier en commun de préparation de la balade. Cette expérience a dû être réellement intéressante, en tout cas au vue du résultat de la balade qui s’est plutôt bien passée.

Nous aimerions en savoir un peu plus sur cette étape déterminante du projet. Peux-tu nous rappeler en quelques mots comment s’est passée, de manière factuelle, cette étape ?

JS : Avenir Malley et Malley demain sont deux associations actives sur le quartier, qui ont eu des relations plutôt tendues. Lorsqu’elles ont toutes deux fait part aux JAU de leur envie de faire une balade commentée dans le quartier, cela est rapidement apparu comme une bonne occasion de rassembler et de « faire ensemble » plutôt que de les laisser faire chacune leur safari. Face aux craintes que les tensions passées n’entravent le travail, nous leur avons proposé une rencontre en terrain « neutre » pour créer une visite commentée conjointe du quartier. Nous nous sommes donc retrouvéEs un soir dans le hangar occupé pour les JAU, avec un représentant d’Avenir Malley, deux de Malley Demain, la coordinatrice des JAU en tant qu’hôte de cette balade à venir, et moi-même comme externe pour faciliter la discussion. Nous avons cherché les idées fondatrices autour desquelles les deux parties se retrouvaient et qui nous aideraient à définir la balade commune; les étapes et lieux à visiter ont ensuite pu être déterminés ainsi que les tâches respectives; nous avons cherché quelques indicateurs communs qui attesteraient de la réussite de cette balade; et tout au long de la discussion nous avons nommé et reconnu clairement les points de désaccord.

JAU : Te souviens-tu de ta plus grande appréhension par rapport à la rencontre entre les associations ?

JS : Nous ne savions pas à quel point les tensions étaient fortes et si elles empêcheraient tout rapprochement pour arriver à travailler ensemble. Les tensions ne sont pas un problème en elles-mêmes car elles sont le fait de points de vues différents et la diversité une richesse à valoriser aussi dans les idées. Par contre elles peuvent rendre les relations difficiles, sans parler de travailler ensemble à un objectif commun. Ce qui compte c’est de reconnaître les positions de chacun. Avec un cadre propice tel que celui que nous avons mis en place il devient alors possible de chercher les terrains communs, les points de convergence, et de se mettre au travail. 

JAU : Quelles ont été les succès et/ou autre bonnes surprises lors de la réalisation du parcours

JS : En l’occurrence c’est évidemment l’objet balade qui a permis de se mettre autour de la table, l’envie de présenter le quartier au public. Et j’ai découvert des personnes tout à fait prêtes à collaborer. Certes il a fallu avancer pas à pas, clarifier les propos et répartir les rôles et responsabilités avec soin, mais le souhait de parvenir à un résultat qui conviendrait à tout le monde était évident. J’espère que le dispositif mis en place y aura contribué!

JAU : Penses-tu que ce type de dialogue, qui sort un peu du cadre traditionnel de la salle de réunion en effectuant un échange sur place de manière publique, permet une approche alternative et complémentaire bénéfique au processus de dialogue lié à la planification urbaine ?

JS : L’utilité d’offrir un terrain qui ne donne pas a priori l’avantage à l’une ou l’autre des parties est évidente dans une situation tendue. Les JAU, n’étant pas historiquement liées au quartier, ont permis de réaliser ce pont entre les deux associations autour d’un objet qui les rassemblait. Lorsqu’on souhaite dépasser une situation de conflit il est nécessaire d’obtenir des victoires communes. Le fait de réussir à travailler ensemble, à créer un objet commun, en l’occurrence une balade commentée dans le quartier, représente pour moi un bel accomplissement et un pas supplémentaire vers une relation où les points de vues divergents sont une source d’enrichissement et non de blocage. Le terrain politique est souvent rude et n’offre pas toujours les espaces pour de telles réalisations; c’est à mon avis un rôle important que peuvent jouer les JAU où elles sont réalisées.

 

 

 

La balade

Une trentaine de personnes, de tous âges, a répondu présent : La plus jeune avait 2 ans, le plus âgé 80 ans. M. Jean-Claude Péclet et Mme Maria Roma-Gasser représentaient Avenir Malley. Mmes Sylvie Krattinger et Rebecca Joly représentaient Malley Demain.

Dans l’ensemble les rapports entre les interlocuteurs des 2 associations ont été plutôt cordiaux ; chacun avec son style oratoire : plutôt polémique et incisif du côté d’Avenir Malley et plutôt explicatif et justificatif du côté de Malley Demain. Les tensions que l’on a pu percevoir à certains moments, dûes vraisemblablement à une confusion sur le rôle et la posture des associations, seront explicitées au point suivant.

 

La friche de la Galicienne : place publique et intégration des arches du Viaduc

Du point de rencontre à la House II, structure en bois éphémère installée avec des étudiants de l’EPFL, nous descendons une dizaine de mètres plus bas, dans le creux de la friche qui accueille le bar d’été de la Galicienne, au pied des arches du Viaduc du même nom.

Avenir Malley ouvre la balade. Cet endroit représente un point d’entrée dans le quartier, un point de liaison avec le nord, notamment avec l’arrivée du tram. D’ou l’importance de prendre en compte et de garder la topographie en creux du lieu. Quand au viaduc, sa valeur patrimoniale est soulignée. Avenir Malley souhaite que ses arches soient mises en valeur (il cite l’exemple du Viadukt à Zürich) et aspire à plus d’audace et de créativité pour imaginer comment ré-affecter ce pont où ne passent que 4 trains de chargement par jour – pourquoi pas une passerelle pour vélo avec vue sur la ville ? Souhait également de garder l’usage de convivialité que remplit la Galicienne et qui va de pair avec un espace protégé.

Malley Demain relève également l’enjeu du flux à cet endroit, et l’accès au tram, notamment lors des heures de pointe et sorties de match de hockey. Le bien-être produit par la végétation qui procure au lieu une atmospère de cocon est relevé également par Avenir Malley. Il serait souhaitable de garder un couloir vert pour les animaux, et d’aménager de la verdure pour favoriser la nature en ville.

Dans le public des questions se posent, notamment concernant le devenir de la nature présente. Des doutes quant au mariage esthétique de vieilles arches avec de grandes tours modernes. Se pose également la question de pourquoi cette parcelle est devenue privée. Visiblement c’est l’héritage d’une époque où les biens immobiliers publics n’étaient pas valorisés. En l’absence de crise et de nécessité de logements, on estimait que l’Etat ne devait pas avoir d’influence sur les marchés.

La balade reprend. On remonte vers le centre commercial, longe le trottoir vers le site du centre sportif, passe à coté des travaux gigantesques qui le prépare et on entre dans le centre commercial par son accès ouest. Première observation : il n’y a que des escaliers et on doit porter la poussette de la benjamine.

 

Le centre commercial de Malley : quels commerces pour le quartier

Le centre commercial, construit dans un environnement très industriel et peu engageant, avait été pensé vers l’intérieur et non l’extérieur sur un modèle d’isolement avec l’extérieur. Avec un grand fitness, un cinéma, une Migros et de petits commerces (poste, pharmacie, cafés).  Tout le monde est d’accord pour dire que ce n’est pas une réussite architecturale. Vu le développement du contexte environnant, il faudrait élargir les entrées et améliorer l’accessibilité (chaises roulantes, personnes âgées). Notamment pour faire face à la concurrence des centres commerciaux de Crissier et la vente en ligne, les 2 associations sont d’accord sur la mise en place de stratégies du type prix bas et flexibilité de la taille des commerces pour dynamiser le lieu. Se pose néanmoins la question de l’accessiblité aux voitures. Pour Avenir Malley, il faut être cohérent, si l’on promeut la mobilité douce, il n’est pas question de proposer un immense parking. La question des commerces de proximité et de la place pour des artisans semble préoccuper les participants à la balade.

Nous ressortons par l’ouest du centre commercial, traversons les voies ferrées par la nouvelle halte de Prilly-Malley, puis longeons les voies en direction de l’ouest, avec, à notre gauche, l’imposant cube blanc de la patinoire provisoire jusqu’à l’emplacement de la future place des Coulisses.

 

La future place des Coulisses : densification et pollution

Cet arrêt avait été pensé de manière interactive, mais l’ambiance n’engage pas Malley Demain à poursuivre. Nous échangeons de manière plus traditionnelle sur le type de place publique souhaitée. La place sera reliée au nord par un passage sous-voie avec un accès direct au voies pour améliorer la traversée du quartier. Le caractère de cette place va être influencé par la présence de 2 grandes tours et son atmosphère est difficile à imaginer en l’état. Mais les éléments qui ressortent du côté d’Avenir Malley sont le calme, espace pour faire du vélo, ambiance familiale de quartier. Importance de mettre des commerces au rez pour se différencier et attirer du monde. Malley Demain évoque la présence de l’eau, le soin à prendre de la biodiversité, la possible appropriation du lieu pour devenir un lieu de rencontre, et le lien à souligner avec le futur parc autour de la boule à gaz à travers une signalisation claire.

Le temps file et nous passons à la thématique de la densification (logement) et de la pollution sans nous déplacer jusqu’au TKM théâtre Kléber-Méleau. Nous le voyons cependant au loin, ainsi que la boule à gaz, emblème du futur parc.

Concernant la densification et le principal point d’achoppement à savoir les tours, Malley Demain relève que leur hauteur a été revue à la baisse pour s’aligner à la crête des montagnes mais souligne que c’est le seul moyen de densifier en évitant trop de bâtiments côte à côte et une trop grande emprise au sol. Avec une politique cantonale de densificaiton à l’intérieur de la Ville, une friche industrielle de cette envergure est une chance. Concernant la pollution du sol, Malley Demain précise qu’elle est inscrite au cadastre du canton mais pas prioritaire car sans risques immédiats pour l’eau et l’air.

Avenir Malley ne peut nier la nécessité de densifier mais reste convaincu que les tours ne sont pas le seul, ni le bon moyen de densifier. Le groupe d’expert.e.s tours qui a tablé sur Malley semble s’exprimer dans ce sens. Et pour ce qui est de la pollution, le doute plane sur la pertinence de proposer des loyers abordables sur une parcelle polluée ou vouée à la dépollution.

Les personnes présentes soulèvent encore les questions des transports, avec le manque de lien nord-sud et les problématiques de l’Avenue du Chablais : embouteillage, feux, bus, vélos, piétons…

A l’issue de la balade, chacun.e est invité.e à venir partager un brunch au JAU.

 

Les points de tension, ou de confusion

Lors de l’introduction à la balade, il a été précisé qu’il s’agissait de deux associations. Néanmoins la forte implication du politique dans Malley Demain a donné au public, majoritairement constitué de membres ou sympathisant.e.s aux idées d’Avenir Malley, l’impression qu’elles représentaient directement les autorités.

Comme souvent, lors de ce type de rencontres, les participant.e.s et habitant.e.s posent des questions et ont des revendications et doléances envers les autorités. Quand les interlocuteurs.trices sont clairement définis comme représentant.e.s de la Ville (Municipaux.ales, chef.fe.s de service ou employé.e.s de la ville), on comprend bien qu’ils.elles aient à répondre aux questions et insatisfactions de la population. Dans ce cas précis, la fonction des deux représentantes de Malley Demain, également conseillères communales, a rendu la situation équivoque. Cela leur a donné aux yeux des participant.e.s une posture d’autorité. Elles ont ensuite dû s’expliquer comme si elles étaient des représentantes de la commune, alors qu’en tant que conseillère communale et membre d’une association, elles peuvent soutenir le projet de la commune mais elles ne le représentent pas formellement.

Dès lors, les questions ou critiques assez virulentes du projet urbain à Malley de la part du public, ont pu être ressenties comme agressives à l’encontre de Malley Demain et de ses représentantes. Le fait que les deux interlocutrices acceptent ce rôle en répondant aux questions et doléances, et qu’elles le fassent en explicitant, voire en justifiant le parti pris de la ville, n’a pas aidé à résoudre cette confusion. Elles ne s’attendaient pas à devoir défendre et surtout assumer les intérêts de la Ville, et à recevoir cette agressivité de la part du public. C’est finalement cela qui a été le plus difficile à gérer de leur côté, comme cela a été exprimé du côté de Malley Demain, lors de la séance de bilan qui a eu lieu 10 jours plus tard, avec les mêmes personnes qu’à la séance de préparation.

 

Bilan

Malgré ce ressenti d’une certaine agressivité, les deux partis ont fait part de leur satisfaction d’avoir pu reprendre le dialogue, ainsi que du cadre qui a été mis en place pour ce projet commun. Deux indicateurs soutiennent que la démarche a atteint ses objectifs : d’une part la présence de trois membres d’Avenir Malley dont M. Péclet lors d’un atelier participatif proposé par la Ville de Prilly sur les « Espaces publics du PPA du Viaduc » le 1er mars 2018 ; d’autre part, l’intérêt d’une représentante de Malley Demain à entreprendre une formation de médiation pour apprendre à gérer ce genre de situation.

Entre temps, Avenir Malley a déposé l’une des 55 oppositions au PPA Viaduc (29 mars 2018) et une séance de conciliation avec la Municipalité a été organisées le 13 septembre. Chacun garde son point de vue et défend ses intérêts ; l’apport modeste de cette démarche aura été d’aider à les exprimer avec cordialité et bonne intelligence.

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