Acteurs et réseaux de la transition

by dimanche, 16 décembre 2018 / Catégorie :Conférences

Conférence-Discussion – Les acteurs et les réseaux de la transition

Ce vendredi après-midi, une petite cinquantaine de personne est rassemblée dans le bâtiment du SCAB pour venir écouter et débattre autour de la problématique des acteurs et réseaux de la Transition en suisse romande.

Le choix d’une telle table ronde paraît logique lorsque l’on analyse le contexte local actuel, où, comme une bonne partie de régions francophones, de nombreuses initiatives se développement et cohabitent, galvanisées par l’effet du film « demain » ; mais où l’on sent également une sorte de dispersion et un manque de collaboration/soutien entre initiatives. De fait, la multiplication de projets et d’acteurs n’entraine pas forcément à un réel renforcement du mouvement de la transition, et donne l’impression d’avancer de manière un peu confuse et dispersée, ce qui ne facilite pas l’émergence d’une vraie alternative à un niveau plus global.

Le hangar du SCAB, transformé en salle de conférence !

Sous l’impulsion de l’association Urbiculteuse, s’est réuni un panel d’acteurs engagés dans la transition et essayant d’agir dans la mise en réseau de personnes et d’initiatives. Modérée par Jacques Mirénowicz (Revue Durable, Artisans de la Transition), grand observateur du monde romande de la transition depuis plus d’une dizaine d’année, la table ronde a permis aux représentants des initiatives : Mardis/vendredis de la Transition (Antonin Calderon), Sanu/WWF (Ingrid Fumasoli), Demain la Gruyère (Didier Leipzig), et Alternatiba (O.De Marcellus) d’exprimer leur point de vue quant à la situation (succès, faiblesses, propositions de pistes de réflexion), et de débattre, en compagnie de Michel Bloch, responsable agenda 21 de Vevey depuis de nombreuses années et qui possède également une bonne expérience du domaine.

Voici un résumé des échanges, suivi d’un mot sur la suite de la thématique, et sur les 4 initiatives. Pour écouter le conférence, c’est ici !

Jacques Mirénowicz commence par rappeler le thème des échanges, et remettre ce thème dans le contexte général de la transition vers une société plus durable, notamment dopé par un effet « Demain » (déclencheur chez de nombreuses personnes), puis présente le déroulé de la table ronde, à savoir une présentation des 4 initiatives de réseaux d’acteurs de la transition en suisse romande, suivi d’échanges entre représentants de ces initiatives et avec le public présent.

Il y a effectivement une sorte de grand écart entre la multiplication des initiatives à un niveau local, et la situation plus critique au niveau global (cf. menace de changements climatiques, la situation complexe de la place financière, les politiques globales de transport et de commerce…) ; de fait il est bien et nécessaire d’être enthousiaste, mais il est essentiel d’être réaliste. Un des constats est que les ressources de l’ensemble des acteurs sont limitées, et qu’il est de fait important pour cela de les utiliser et valoriser au mieux. Dans ce contexte, il paraît fondamental de se demander comment l’on arrive à créer davantage de synergies (ou des relations plus intense) pour prolonger les exemples que l’on vient de voir ? Quelles leçons tirer de ces initiatives ? et comment faire mieux ?

Selon Ingrid Fumasoli, il est essentiel de bien tenir compte de l’aspect communication. Il est notamment intéressant de voir que le coté positif de « Demain » a beaucoup plus motivé les gens que les nouvelles habituelles, souvent catastrophiques, sur l’état de la planète. Par ailleurs, le changement de comportement ne viendra pas du matraquage des informations, mais plutôt par la démonstration (et sa transmission). Il faut montrer et faire en sorte que les bonnes pratiques deviennent la norme.

En même temps, il est essentiel de ne pas devenir moralisateur et de ne pas pointer des gens du doigt (notamment s’il ne devienne pas la norme, il ne s’agit pas d’un concept de norme exclusive, mais plutôt inclusive).

S’en suit une discussion autour de l’importance des relais politique dans les réseaux, de manière à pouvoir amener le débat, à tous les niveaux. Tout le monde est d’accord pour souligner l’importance des leviers politiques, voir réglementaires, mais aussi des partenaires locaux (ex. acteurs économiques, pour la monnaie Léman).

Antonin Calderon et Didier Leipzig rappellent cependant les vertus des initiatives apolitiques, qui ne sont pas récupérées/instrumentalisées, et qui permettent de ne pas être soumis à un agenda politique.

Plusieurs éléments en lien avec les réseaux sont ensuite mentionnés, comme le fait de trouver puis montrer des valeurs communes (durables) ; mais également l’importance de célébrer des victoires, d’accepter les échecs (le droit à l’erreur), et de donner envie (être simple, cadré, relier au quotidien, inventer un « nouveau récit »)

D’un autre coté, il est relevé certaines difficultés notamment dans la gouvernance, comme l’harmonisation des valeurs et objectifs (éviter l’effet « ego du pionnier »), le manque de ressources (temps, compétences, argent…) mais aussi les difficultés à communiquer et synergiser de manière efficace en pratique.

Ingrid Fumasoli insiste sur le fait qu’il est important, dans la communication, de dépasser le cadre des militants et personnes déjà engagées, pour sensibiliser et travailler avec des gens qui sont loin d’être parfaits et cohérents, mais qui sont intéressées et peuvent évoluer très positivement. L’enjeu est de trouver un langage afin de toucher les masses et de voir comment (et jusqu’où ?) adapter le discours, afin de susciter l’envie et de fait l’engagement populaire dans un sens large.

Il est enfin mentionné la possibilité de mieux comprendre et prendre exemple sur certains groupes, comme les coopératives d’habitants (et plus généralement de l‘habitat collectif) afin de tirer des leçons sur leur fonctionnement et dynamique ?

Les intervenants de la table ronde (de g. à d.) : Ingrid FUmasoli (WWF/Sanu), Didier Leipzig (Demain la Gruyère), Jacques Mirénowicz (Artisans de la transition), Antonin Calderon (Vendredis de la Transition), Olivier de Marcellus (Alternatiba) et Michel Bloch (Agenda21, Vevey)

Cette table ronde a permis de prendre connaissance de certaines initiatives très intéressantes, mais également de rappeler et aborder certains des aspects concrets liés à la mise en réseau pratique des acteurs et du mouvement de la transition, tout en abordant en creux, la problématique de l’engagement et de la coopération. Bien évidemment, les questions n’ont pas pu être résolues mais un ensemble d’idées intéressantes a été échangé et une dynamique a pu être amorcée (cf. ci-dessous, réflexions actuelles).

Afin de résonner avec cette table ronde, et permettre de rendre tangible cette initiative visant à créer du lien entre acteurs, un apéro « forum des associations » s’est tenu, juste à la suite de la table ronde.

Sous un soleil de fin de journée, et autour de délicieux mets locaux préparés par l’équipe d’organisation, une quinzaine d’associations présentes ont pu réseauter entre elles, mais aussi avec les autres personnes présentes à l’événement

La réflexion sur le développement des réseaux de la transition se poursuit actuellement à différents niveaux. Outre le travail de fond effectué par les Artisans de la Transition via la Revue Durable, mais aussi ses différents projets citoyens, un groupe d’acteurs locaux (représentants d’associations comme Ecoquartier, l’Urbiculteuse, Ares de vie, l’ADER, Pôle Sud, le ROC, etc…) s’est réuni plusieurs fois durant l’été 2018 afin de réfléchir sur les moyens de stimuler les échanges et (re)créer du liens entre les acteurs de la région lausannoise de la transition. Des pistes ont été esquissées afin de permettre de renforcer la coopération entre acteurs, mais aussi permettre à touts personnes intéressées de pouvoir plus facilement commencer ou s’insérer dans le tissu local d’acteurs/projets durables.

Un espace libre et informel, de type permanence « transition » a ainsi été relancé à Pôle Sud, les Autres midis, les vendredi de 10 à 14 h sous l’impulsion du secteur Nature et Santé de Pole Sud. Cette initiative offre de l’information, du soutien (et permettrait de mettre en réseau) à n’importe qui désirant se lancer dans des projets liés à la transition dans la région.

 

Il en résulte également une volonté de mettre sur pied des événements simples et informels de présentation d’associations/collectifs à d’autres acteurs locaux de manière à améliorer la connaissance de chacun et multiplier les rencontres et échanges d’expérience, très utile dans le domaine, tout en donnant l’opportunité à des synergies/collaboration de se mettre en place. Ces événements, plus orientés pour les personnes déjà actives sur des projets, seront à coordonner avec l’initiative de gestionnaire d’un espace de co-working pour associations oeuvrant dans la durabilité et la transition, au sein de l’Espace Dickens (contact : Ingrid Fumasoli).

Bref, les choses avancent doucement, mais surement !

Présentation des 4 initiatives :

Antonin Calderon, de l’association Monnaie Léman, présente l’initiative des vendredis de la transition, sur Genève. La démarche existe depuis novembre 2015 et a été lancé conjointement avec l’association Quartiers Collaboratifs. Le principe est de donner un espace, un moment d’échange et de partage, voir de travail, de manière régulière, afin de créer un « rythme » pour voir/faire avancer les projets. Les participants (ouvert à tous) viennent avec un projet, une idée ou des compétences. Les thèmes tournent autour de 4 axes : quartiers durables (ex. quartier mobile dans friche urbaine), potagers urbains, économie du partage (ex. la monnaie locale Léman), et les initiatives « zéro pub » (pour un affichage culturel et citoyen). Les séances attirent actuellement, après 3 ans, en moyenne env. 20 personnes mais peuvent monter à 60.

Ingrid Fumasoli, du Sanu/WWF présente la formation de conseiller en Environnement qu’elle anime et coordonne en Suisse romande, et à laquelle s’adjoint un réseau d’acteurs et projets. Le but de cette formation est de donner des connaissances et des compétences aux personnes voulant agir dans la transition, notamment via la création de projet. Un accent est porté sur les aspects liés à la communication et le changement de comportement, tout en étant très pratique, le but étant de mettre en place un projet durable sur un semestre. Après 8 cycles de formation, près de 250 personnes constituent déjà le réseau UP-campus en suisse romande, avec les formés mais aussi les formateurs. Ce réseau d’échange, type de « réseau social » permet notamment de conserver le lien, mais aussi de mettre en avant et soutenir les projets qui se développe.

Didier Leipzig de Demain la Gruyère présente l’initiative bulloise, née suite à un besoin de passer à l’action après avoir vu le film « Demain ». Didier Leipzig en est le « leader » par accident, après avoir créé et animé la page facebook créée. Un événement fondateur du groupe a eu lieu en mai 2016 (avec plus de 110 personnes présentes !), à la suite duquel se sont développés un certain nombre de projet comme un magasin en vrac, une amélioration du tri des déchets, ainsi qu’une newsletter permettant aux membres de se tenir au courant tout en mettant en avant les projets. Il n’existe pas à l’heure actuelle de connexion avec les autres groupes « demain » existant en suisse romande (des groupes existent notamment à Fribourg, Vevey, Genève), mais tous ces mouvements sont encore jeunes, et en plein évolution, peut-être qu’une collaboration s’établira d’ici quelques temps pour les groupes qui subsistent.

Olivier de Marcellus de l’association Alternatiba Léman, évoque l’événement annuel Alternatiba Léman qui se tient à Genève. Le principe de l’événement est, à contre-pied des mardis/vendredis de la transition, un événement destiné avant tout au grand public de manière à montrer à tout un chacun des solutions durables concrètes, comme une « vitrine » de la transition. L’événement n’en est pas moins également une occasion pour les différents acteurs de se (re)voir au moins annuellement. Les thématiques mises en avant par l’événement sont essentiellement liées à l’ Economie Sociale et Solidaire; l’information durable, l’habitat durable et les énergies citoyennes et renouvelables.

Michel Bloch, responsable développement durable (Agenda 21) de Vevey, nous donne un premier feed-back sur la situation, suite aux présentations. D’après lui, l’impact de Demain a été vraiment important, permettant de catalyser les initiatives, même s’il y en avait déjà beaucoup en bourgeonnement. Pour les communes, un des problèmes est lié au manque de ressources, qui ne permet pas de suivre et soutenir (financièrement) toutes les initiatives. A défaut, celles-ci essayent de discuter avec les associations et collectifs qui montent les projets, afin de les aider et les conseiller.

Plus de renseignement : Contact Alexis Mayer

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