Conférence Désinvestissement

by vendredi, 09 novembre 2018 / Catégorie :Conférences

Désinvestissement dans les énergies fossiles

 

Samedi matin, nous nous retrouvons à environ une douzaine pour une table ronde autour de la situation en Suisse romande de l’initiative de désinvestissement dans les énergies fossiles.

 

Une douzaine de personnes, ça ne fait pas beaucoup de monde, …mais il faut relever que cette problématique n’est pas facile à aborder car d’une part elle est relativement complexe, et d’autre part, elle s’attaque à des systèmes largement « établis » (système bancaires, monétaires) ; de fait elle n’est peut-être pas aussi séduisante qu’un débat sur la permaculture ou le développement des panneaux solaires. Néanmoins, et il faut le souligner, la problématique du désinvestissement est essentielle au mouvement de la transition car, outre le fait de s’attaquer de manière pertinente à une des causes du réchauffement climatique, l’extraction d‘énergies fossiles, elle pose la question fondamentale de la « justice » ou justesse (sociale, environnementale …et même économique) du financement des activités, et plus en fait plus généralement de la valeur que nous accordons aux choses. Cette réflexion de fond est ainsi fondamentale pour accompagner le changement de paradigme nécessaire à une transition vers un monde plus durable.

 

La table ronde commence par un rappel théorique permettant aux néophytes de mieux comprendre les principaux enjeux de la problématique. Cette partie, reprise à la suite, a été présentée par Susana Jourdan qui fait partie des Artisans de la Transition, association qui tente actuellement de coordonner à l’échelle romande, l’initiative de désinvestissement dans les énergies fossiles.

Plusieurs orateurs se sont ensuite succédés afin de faire le point sur la situation d’initiatives locales, comme, par exemple, de demander à son assureur (ou sa caisse de pension) de communiquer précisément sur ses choix de placements ou alors contraindre des institutions de stopper leurs investissements dans des entreprises liées directement ou indirectement dans l’exploitation d’énergies fossiles.

Les échanges furent très nombreux et enrichissants, le nombre réduit de participants a été compensé par l’intérêt et l’envie de ces derniers, ce qui permis de pouvoir dresser le constat suivant sur le combat mené en Suisse romande. De multiples actions sont en cours, surtout autour des cibles suivantes, que sont les caisses de pension et assurances, mais aussi les parlements communaux/cantonaux, les gouvernements communaux, ou les Grandes Ecoles. II manque cependant encore une sorte de liant, aussi qu’une coordination et une base « commune » d’outil/instrument permettant aux personnes engagées de pouvoir diffuser efficacement le message, de manière à constituer une masse critique  qui pourrait engager des actions plus fortes ; il manque également de « victoire » qui permettrait de lancer une sorte d’effet boule de neige (car il semble qu’un certain nombre d’acteur, notamment institutionnels, ne serait pas loin de faire le pas).

 

Cette table ronde et atelier de réflexion, pleins d’espoir, ont donné l’idée et l’impulsion aux Artisans de la Transition pour organiser, des Etats généraux du désinvestissement en Suisse romande , événement dont le but était de justement de faire un point précis sur les initiatives ayant lieu en suisse romande, mais aussi de faire se rencontrer les différents personnes engagées de manière à créer/renforcer les liens, tout en réfléchissant collectivement sur les manières de faire avancer le mouvement.

Ces états généraux ont eu lieu, avec succès à Champ Pittet (VD) le 26 mai 2018.

En présence d’orateurs experts et de plusieurs acteurs comme notamment le cabinet expert Ethos, ou l’ Alliance Climatique, plus d’une trentaine de personnes se sont réunis afin de faire le point et réfléchir pour développer et diffuser un maximum d’outils et d’actions ! Il est apparu que certaines villes romandes d’importance pourrait soudain s’engager réellement dans un désinvestissement, les prochains mois vont dont être déterminants !

 

Pour plus d’informations, pour se tenir au courant de l’évolution de la problématique, il est possible de consulter le site des artisans de la transition (http://www.artisansdelatransition.org/inclure.html , contact susana.jourdan@artisansdelatransition.org), mais aussi sur les sites de l’alliance climatique (http://www.alliance-climatique.ch/blog/caisses-de-pensions) des mouvements « divest » et fossil-free.ch (http://fossil-free.ch/de/), ou, à un niveau plus international 350.org (https://350.org/).

Pour un petit point à jour, la lettre d’information des Artisans de la Transition de septembre 2018 donne un certain nombre de nouvelles toutes fraiches ! (https://mailchi.mp/larevuedurable/quatrime-lettre-dinformation-des-artisans-de-la-transition-1225365)

 

Journées des alternatives urbaines de Malley, 2017

Résumé de la première partie de la table ronde – Informations générales et rappel sur les enjeux liés au désinvestissement dans les énergies fossiles.

L’action pour le désinvestissement des énergies fossiles est née au Etats-Unis dès 2013, lorsque l’activiste Bill mc Kibben fonde la mouvement 350.org avec la journaliste-écrivain Naomi Klein, et lance une campagne de boycott sur le charbon (sur le même principe que le boycott vis-à-vis du régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années -80). Cette campagne est alors reprise par plusieurs titres internationaux, dont la Revue Durable, magazine publié par les Artisans de la transition.

Bill McKibben fait alors le tour des universités américaines lors d’une campagne basée sur 3 chiffres-clés pour résumer le Changement Climatique :

  • une hausse de +2°C supportable par l’humanité.
  • correspondant à l’émission de 750 GTo d’émissions de Gaz à Effet de Serre, une sorte de « budget carbone »,
  • alors que les réserves mondiales d’énergie fossile s’élèvent actuellement à 3’500 GTo (soit 5 fois plus !). Cela signifie que si nous voulons garder ne serait-ce que limiter la casse, il faudrait laisser 80% du charbon, 50% du gaz et 33% du pétrole sous terre !

Ce constat alarmant appelle à réfléchir mais surtout à agir pour faire en sorte que les entreprises s’engagent à ne pas extraire toutes les réserves des énergies fossiles, ce qui conduirait de toute évidence à une catastrophe.

Le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles a en fait pris sa source dans la publication en 2009 de chercheurs allemand dans la revue Nature sur le concept de « Budget carbone » qui consiste à définir une quantité d’énergies fossiles potentiellement utilisables pour ne pas dépasser une hausse de température (en l’occurrence les fameux 2°C). Cet article, passe d’abord inaperçu, bien que repris par le GIEC, peut-etre car trop abstrait et scientifique. Il est ensuite analysé par un Think tank de Londres qui fait le lien avec les conséquences financières d’une telle situation (les réserves non exploitées sont des actifs perdus pour les entreprises pétrolières, …dans lesquelles plein d’acteurs investissent !).

Actuellement, selon le site fossilfree.org plus de 750 institutions (Eglises, universités amé/anglo-saxon, organisation philanthropique) ont annoncé qu’elles vont (ou ont) désinvestir dans les 5 ans à venir, ce qui représente plus de 5’500 Milliards de dollars.

 

La décision de supporter la campagne de désinvestissement a été prise parles artisans de la transition en2015. Une série de conférence est alors organisée à l’UNIL ainsi qu’en ville de Genève de manière à permettre aux différents acteurs engagés ou concernés de s’exprimer et se positionner sur le mouvement du désinvestissement, les Artisans de la transition deviennent alors le relais romand de la campagne (avec l’Alliance Climatique : http://www.alliance-climatique.ch/).

La campagne vise les 200 Entreprises qui possèdent les 200 plus grandes réserves d’énergie fossiles, entreprises multinationales cotées en bourse. Pour le moment, le reste des entreprises, infiniment plus nombreuses et beaucoup plus petites, ne sont pas visées car il n’est pas facilement de lutter à cette échelle, on espère que le mouvement fera boule de neige pour atteindre des tailles de plus en plus petites d’acteurs agissant de manière non-durables dans les énergies fossiles.

Il faut comprendre qu’un certain nombre d’acteur ne croit pas au changement climatique et ne voit pas non plus que la baisse de rentabilité (et d’emplois) des entreprises actives dans les énergies fossiles est inéluctable. Les réactions sont nulles, voire sceptiques de la part des plus gros acteurs qui, il est vrai, n’ont pas intérêt à ce que la situation change à court terme.

Les conséquences de cette situation ne seront pas que climatiques car l’épargne et les retraites de tout une partie de la population risquent d’être touchées, d’où l’objectif de la campagne : créer un changement de perspectives pour changer et avoir le temps de passer à autre chose.

Il va falloir lutter contre l’inertie intellectuel et/ou le déni, nourri par méconnaissance et vieilles croyances, ou les intérêts économiques égoïstes. Un autre problème actuel qu’il sera nécessaire de résoudre est constitué par la gestion indicielle utilisée pour les stratégies de placement : automatisée, …et donc moins chère, mais qui ne conduit pas à choisir des investissement beaucoup plus durables et rentables sur la durée.

Journées des alternatives urbaines de Malley, 2017

En Suisse, le mouvement sur le désinvestissement vise également une transparence permettant de suivre les changements promis par les divers acteurs (collectivités, fonds de pensions, banques), mais aussi de la cohérence dans les placements ainsi qu’une exemplarité des grosses institutions comme la Banque Nationale Suisse, et une gestion du risque que représentent de tels placements vis-à-vis du changements climatiques.

Diverses actions sont menées parallèlement afin de toucher les différents acteurs (voir plus haut, cf. début de l’article sur le table ronde), notamment la campagne de l’Alliance Climatique « Retraites sans risques » avec le Fond d’investissement AbendRot, mais aussi l’annonce de l’UNIL qui va essayer de désinvestir, tout comme les volontés des villes de Genève, ou de la caisson de pension Publica (qui, pour l’instant, n’a qu’arrêté le charbon, ce qui est bien mais insuffisant) ou encore la caisse de pension des fonctionnaires de la ville de Zurich.

 

Vous pouvez ré-écouter le début de la table ronde, c’est ici ! (lien fichier son)

 

A ce titre, nous vous invitons à prendre connaissance du 2ème rapport publié par les Artisans de la Transition : http://www.artisansdelatransition.org/rapports.html

 

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